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 Présenté en parallèle de son grand frère Alien dans la catégorie Cités du Futur, catégorie explorant les visions généralement dantesques de plusieurs réalisateurs visionnaires, Blade Runner s'est vu accueillir avec tout l'intérêt mérité. Signe de la vivacité de la salle, une armada de portables et de briquets a d'abord salué la diffusion de la bande-annonce (plutôt sexy) du festival, avant qu'une horde de cinéphiles ne prenne le relais quand l'une des responsables de Premiers Plans a annoncé qu'en raison d'un souci de bobine, le film serait diffusé en français... Dieu merci, après quelques minutes de diffusion, la nature a repris ses droits et le public présent a bel et bien vu Blade Runner en version originale. Inspiré de la nouvelle de Philip K. Dick intitulée « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? », Blade Runner sort en 1982 et est le troisième film de Ridley Scott, après la commande Alien qui avait régalé ceux l'ayant vu seulement 3 ans auparavant. Dans un Los Angeles plongé en permanence dans les ténèbres d'un futur incertain, l’agent Rick Deckard reprend du service pour traquer et "retirer" du service 4 réplicants, humanoïdes devenus dangereux. Ce qui frappe, c'est l'avancée technologique du moment qui permet encore de nous éblouir. Des champs d'immeubles d'où émergent des conduites de gaz à la façade pluriethnique d'un Los Angeles fantasmé constamment sous la pluie, c'est toute la vision d'un monde en décrépitude qui nous est offerte. Comme filmé dans la continuité d'un Alien plus accessible immédiatement, Blade Runner demande une vision plus cérébrale, entre discussions pas si absconse que ça et détails parfois oniriques. Loin de se contenter d'une vision graphique d'un futur pessimiste, le film questionne aussi la responsabilité qu'à l'homme par rapport à son environnement (races animales éteintes, soleil absent) et ses semblables, où l'on ne fait plus la différence entre un humain et son pendant artificiel, le réplicant.
 Harrison Ford est la classe de 2019 personnifiée. Entiché d'une poupée qui porte les traits de Sean Young, s'armant d'un blaster à faire pâlir Han Solo, vêtu d'un pardessus détrempé qu'il ne quitte jamais, l'agent Rick Deckard a tout du détective de film noir. Alcoolique se perdant dans les photos vieillies de personnes dont on ne saura jamais rien, il garde ses secrets et accomplit sa basse besogne comme le passe-temps d'un moment. Harrison Ford est alors à un tournant de sa carrière, enchaînant coup sur coup les rôles qui le marqueront pendant des années et encore aujourd'hui : Evadé de la trilogie Star Wars alors en pleine construction (L'Empire contre attaque sortait deux plus tôt), pas encore tout à fait assimilé à Indiana Jones dont Les Aventuriers de l'Arche Perdue venait de cartonner (1981), Harrison Ford trouve en Rick Deckard le rôle définitif, perdu au terme de Blade Runner ("celui qui court sur le fil du rasoir"). Parole de cinéphile, on se souviendra toujours de ses portes d’ascenseur se refermant sur l'un des personnages les plus iconiques des années 80, sans espoir de retour. Le compositeur Vangelis achève de donner au film des airs de procession funéraire où la vie sera brièvement célébrée par des personnages en bout de course. Aux réplicants avides de vivre, le personnage de Rick Deckard confronte son humanité, jusqu’à un face-à-face déchirant avec Rutger Hauer, acteur de Paul Verhoeven et leader de la révolte. C’est par son extraordinaire propension à mêler ces thèmes toujours d’actualité que le film de Ridley Scott n’a pas pris une ride. Sans s'embourber dans des théories fallacieuses, le film questionne les rapports créateurs/créations à un moment où l'homme s'approprie les pouvoirs de Dieu. La nature humaine, et tout ce qui la constitue, est aussi au centre des interrogations : Qu'est-ce qui fait l'homme ? Ses souvenirs, sa mémoire, son but, jusqu'à cet avertissement, lancé par un mystérieux protagoniste s'apparentant à un "Nous mourons tous" de circonstance. La version diffusée ce soir (parmi les nombreuses existantes) ne met pas un point définitif au débat maintenant vieux de plusieurs années (Deckard, réplicant ou pas réplicant ?), mais elle permettra au moins de se remettre en tête l'un des fleurons du film d'anticipation. Une expérience à prolonger chez soi, puisque Ridley Scott, après de nombreuses années, a travaillé sur le montage définitif du film paru l'année dernière dans une luxueuse édition DVD. « All those moments will be lost in time... like tears in rain… »
François Provost
Rediffusion : Jeudi 22 au Centre des Congrès à 14h Visitez aussi la page IMDb du film.
Crédits Photos : impawards
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